Taux d’intérêt négatifs : quel impact pour votre portefeuille ?

Si vous suivez un peu l’actualité, vous ne l’ignorez certainement pas : certains taux d’intérêt, à court terme ou à plus long terme, sont négatifs. Qu’est-ce que cela implique pour vous ? Devrez-vous bientôt payer pour déposer votre argent sur un compte en banque ?

Qu’entend-on par taux d’intérêt négatifs ?

En temps normal, quelqu’un qui prête de l’argent touche une rémunération sous la forme d’un intérêt. Si vous achetez par exemple une obligation avec un taux d’intérêt de 2%, vous prêtez de l’argent à une entreprise ou aux autorités qui émet(tent) cette obligation. En échange, vous recevrez chaque année 2% du montant de l’obligation versés par l’entreprise ou les autorités.

Mais si les taux d’intérêt sont négatifs, vous ne percevez plus d’intérêts en tant que prêteur. Vous devez payer vous-même pour l’argent que vous mettez à disposition. On assiste-là à un phénomène exceptionnel.

Comment expliquer ces taux d’intérêt négatifs?

Le niveau des taux à court terme est en grande partie influencé par les banques centrales. Dans la zone euro, il s’agit de la Banque Centrale Européenne, la BCE. La BCE fixe par exemple les taux d’intérêt qu’elle accorde aux banques qui y placent leur argent. Et cela fait déjà quelques années que ces taux d’intérêt sont négatifs. La BCE souhaite ainsi décourager les banques de lui confier leur argent : elle veut plutôt les encourager à utiliser cet argent pour octroyer des crédits à bon marché aux entreprises et aux ménages.

Vous l’avez compris, en maintenant ses taux en dessous de zéro, la BCE espère stimuler l’économie des pays de la zone euro. En théorie, une faible rémunération de l’épargne encourage les gens à consommer et les entreprises à emprunter à bon compte pour investir, ce qui est positif pour l’économie. La demande de biens et de services augmente et donc les prix aussi par la suite. En économie, une augmentation générale des prix s’appelle “inflation”. Une légère inflation est considérée comme bénéfique : les gens ont tendance à ne pas reporter leurs dépenses, ce qui permet de continuer à faire tourner l’économie. C’est la raison pour laquelle la BCE a pour objectif que le niveau d’inflation dans la zone euro soit proche de, mais légèrement inférieure à 2%.

Quel impact sur votre épargne ?

Plus les taux plongent en dessous de zéro, plus les banques doivent payer pour placer leur argent (en sécurité) auprès de la BCE. Les banques vont-elles répercuter ces coûts et vous faire payer pour déposer votre argent sur votre compte (d’épargne) ? A court terme, un tel scénario n’est pas d’actualité pour les particuliers en Belgique étant donné que les banques ont l’obligation légale de prévoir un taux d’intérêt minimal pour le compte d’épargne réglementé (0,01% d’intérêt de base et 0,1% de prime de fidélité). En revanche, les entreprises et les grands investisseurs institutionnels doivent parfois déjà payer pour placer leur argent à la banque.

Et pour votre crédit hypothécaire ?

Si vous avez déjà un crédit hypothécaire, l’impact sera différent si vous avez souscrit un crédit à taux fixe ou à taux variable. Si vous avez souscrit un crédit à taux variable, la baisse des taux d’intérêt à court terme constitue une bonne nouvelle : en principe vous payez de moins en moins pour votre prêt. Si vous avez souscrit un crédit à taux fixe, cela vaut la peine de vérifier si vous ne pouvez pas profiter des très faibles taux sur le marché en renégociant votre crédit.

Si vous avez l’intention de souscrire un nouveau crédit hypothécaire, les taux d’intérêt bas sont évidemment une bonne nouvelle. Vous pouvez aujourd’hui souscrire un crédit à un taux très bas. En optant pour un taux fixe, vous êtes ainsi protégé contre une éventuelle remontée des taux. Le taux variable est probablement encore plus bas et peut parfois être négatif – c’est le cas dans certains pays scandinaves. En Belgique, la plupart du temps, la banque stipulera contractuellement qu’elle ne vous paiera pas d’intérêts si le taux de référence de votre crédit à taux variable descend en dessous de zéro.

Et les placements ?

C’est bien plus compliqué à prévoir : les marchés des actions réagissent souvent favorablement, mais pas toujours, aux taux d’intérêt bas. En théorie, on investit davantage en actions lorsque les comptes d’épargne et les obligations ne rapportent qu’un très faible taux d’intérêt. Mais les marchés des actions sont sensibles à de nombreux autres facteurs tels que les perspectives économiques ou le contexte géopolitique. Les turbulences actuelles sur les marchés en ce qui concerne l’augmentation des tarifs douaniers entre les Etats-Unis et la Chine en sont l’illustration. Le marché des actions reste risqué.

Que nous réserve l’avenir ?

Personne n’est en mesure de le dire, pas même les sources les plus avisées. La situation actuelle de taux d’intérêt négatifs est exceptionnelle mais parfois les situations exceptionnelles perdurent. Quoi qu’il en soit, ceux qui aimeraient que leur compte d’épargne produise des intérêts devront sans doute faire preuve de (beaucoup) de patience. S’ils recherchent d’autres investissements plus rémunérateurs, ils ne doivent pas oublier qu’un rendement plus élevé va toujours de pair avec un risque plus élevé.